Julie TRISTANI interviendra le dimanche 3 juin

J’ai grandi dans le sud-ouest de la France, dans le Gers. Je suis arrivée en Corse à l’âge de 14 ans, j ’ai donc découvert l’insularité assez tard. Ma formation universitaire, effectuée dans sa totalité en Corse, m’a ensuite permis de m’intéresser à l’institutionnalisation des langues et des cultures régionales dans plusieurs îles de la Méditerranée. J’ai choisi de restreindre mon travail de doctorat, ancré en anthropologie, au phénomène du transfert des savoirs traditionnels entre la communauté corse et les institutions de la culture. J’ai ainsi pu travailler au sein de deux programmes de l’Université de Corse abordant les problématiques de la « patrimonialisation », des modes modernes de transmission et de retransmission du patrimoine. Ces préoccupations m’ont naturellement menée à étudier les musées de société de la Corse, qui apparaissent être un exemple très représentatif pour mener ma recherche. L’objectif est de tenter de fournir des clefs pour mieux comprendre les images de l’île élaborées par les scientifiques et les professionnels de la muséographie ; les éléments culturels sont en effet traités puis représentés pour la communauté dont ils sont issus, mais aussi pour l’extérieur. Ces démarches de patrimonialisation ne sont cependant pas une nouveauté. De tout temps des observateurs, provenant d’espaces continentaux, ont produit des descriptions de la Corse et des Corses. Ces études ont ensuite été largement diffusées, y compris dans l’île, où elles se sont heurtées à la vision que les insulaires avaient d’eux-mêmes.
Ma préoccupation est donc la suivante :
Comment les travaux des observateurs extérieurs, mais aussi ceux des scientifiques (d’ici ou d’ailleurs), qui pour être efficaces nécessitent un certain recul, façonnent-ils la perception que les insulaires ont d’eux-mêmes et de leur territoire ?

Julie TRISTANI